IL EST des déplacements en province qui tombent à point nommé. Ce fut le cas, hier à Dijon, où la visite de Dominique de Villepin et Jean-Louis Borloo coïncidait fort à propos avec la publication des bons chiffres du chômage pour le mois de septembre, annoncés le matin même dans nos colonnes par le ministre de l'Emploi (nos éditions d'hier). 22 000 demandeurs d'emploi en moins le mois dernier, soit une décrue de plus de 100 000 chômeurs depuis juin, «c'est un mouvement continu dont nous nous réjouissons et que nous souhaitons amplifier et accélérer au cours des prochains mois», a déclaré le premier ministre.

Dominique de Villepin ne cache pas sa satisfaction, mais se refuse à tomber dans un triomphalisme de mauvais aloi car, il le reconnaît lui-même, le chômage reste «une épreuve et une douleur pour beaucoup trop» de gens. «Il s'est passé quelque chose depuis quelques mois dans notre pays», dit-il. «Les choses s'améliorent et on veut croire qu'amélioration après amélioration, c'est un véritable mouvement qui pourra s'enclencher et ainsi mieux répondre aux aspirations des Français.»

Au cours de cette visite sur le thème de l'emploi, Villepin et Borloo voulaient voir comment étaient perçus sur le terrain «les nouveaux outils» mis en place par le gouvernement pour lutter contre le chômage, comme le contrat nouvelles embauches (CNE) et le Cirma (contrat d'insertion revenu minimum d'activité). Première étape, les hangars impersonnels de l'entreprise Best électronique, dans la zone d'activités de Dijon-Longvic, en banlieue dijonnaise. Le patron de cette PME, Philippe Alibert, fait valoir que le CNE n'est pas pour l'employeur «un moyen de jeter les gens» au bout de quelques mois.

«Les mentalités évoluent»

«Notre intérêt, c'est de les garder dans l'entreprise. Mais on ne sait pas de quoi demain sera fait», notamment à cause de la concurrence asiatique, explique-t-il. Alors, le CNE lui permet de développer, sans trop de risque, «un nouveau produit» dont il espère beaucoup.

Deuxième étape, le centre commercial de la Toison d'Or, autour de l'hypermarché Carrefour. Au cours d'une table ronde, Dominique de Villepin et Jean-Louis Borloo se font les VRP des mesures contenues dans le plan de cohésion sociale et dans le plan d'urgence pour l'emploi. L'enthousiasme des intervenants fait dire à Borloo que «la prochaine grosse manif, ce sera la manif des CNE». Une jeune femme dynamique, Cécile Weller, tempère alors les choses. Kinésithérapeute reconvertie dans le marketing, elle reconnaît avoir eu personnellement de la chance, mais souligne que pour les autres, moins chanceux, le CNE est bien «un contrat précaire de deux ans». «C'est long. C'est trop long» pour trouver un logement ou bénéficier d'un prêt, ajoute-t-elle.

Villepin et Borloo se veulent rassurants : le CNE et le Cirma sont de véritables «contrats de confiance» entre employeurs et salariés. Et d'ailleurs, la signature de 100 000 CNE en août et septembre montre que «les mentalités sont en train d'évoluer», affirment-ils à l'unisson.

Présent tout au long de la visite officielle du premier ministre, l'UDF François Sauvadet, député de Côte-d'Or, s'est félicité que Dominique de Villepin ait visité Best, une PME innovante, tout en déplorant que la table ronde se soit tenue à Carrefour : «Ce n'est pas le meilleur signe, au moment où les efforts du Parlement visent à créer des conditions plus équilibrées entre producteurs et grande distribution.»

Et comme décidément, la politique n'est jamais très loin, Dominique de Villepin a conclu sa visite par une rencontre avec la fédération UMP de Côte-d'Or, à l'invitation de son président Louis de Broissia. Pas sûr que ce genre de réunion soit de nature à plaire à Nicolas Sarkozy.

Source: Lefigaro Politique